Échecs chinois, deux camps séparés par un fleuve.
Échecs chinois, deux camps séparés par un fleuve. Plus de deux mille ans d'histoire, joué aujourd'hui par des centaines de millions de personnes en Chine, au Vietnam et dans les diasporas asiatiques.
Des jeux militaires ancestraux existent en Chine dès le IVe siècle avant notre ère, mais la forme moderne du Xiangqi se fixe progressivement entre la dynastie Tang (618-907) et la dynastie Song du Sud (vers 1200), période où la pièce du canon — apparue avec l'invention de la poudre — vient compléter le jeu tel qu'on le connaît aujourd'hui.
Le plateau lui-même évoque un épisode fondateur de l'histoire chinoise : la contention Chu-Han, une guerre civile de quatre ans (206-202 av. J.-C.) entre Liu Bang, futur fondateur de la dynastie Han, et Xiang Yu, hégémon du royaume de Chu. Les deux armées s'étaient affrontées de part et d'autre du canal Honggou, près de Xingyang. Cette frontière fluviale est restée sur le plateau, où elle sépare encore les deux camps. Les caractères inscrits dans la bande centrale — 楚河 漢界 — signifient littéralement « fleuve Chu, frontière Han ».
Deux joueurs s'affrontent autour d'un plateau de neuf colonnes sur dix lignes, sur lequel les pièces se déplacent — comme au go — sur les intersections et non dans les cases. Chaque camp aligne seize pièces de sept types différents. Le but du jeu est de mettre échec et mat le général adverse, comme aux échecs occidentaux, mais le Xiangqi a ses propres règles : un fleuve qui change le comportement de certaines pièces, deux palais qui confinent les généraux et leurs gardes, et l'interdiction pour les deux généraux de se faire face sur une colonne dégagée.
Le Xiangqi est l'un des jeux de société les plus pratiqués au monde. Il est massivement joué en Chine continentale, à Taïwan, à Hong Kong, à Singapour, en Malaisie et au Vietnam — où il porte le nom de cờ tướng. Les communautés chinoises et vietnamiennes l'ont diffusé dans le reste de l'Asie, en Amérique du Nord et en Europe.
L'organisme international, la World Xiangqi Federation, a été fondé le 6 avril 1993 à Pékin et est membre de l'International Mind Sports Association depuis 2015. Il organise le championnat du monde tous les deux ans depuis 1990. En ligne, les plateformes spécialisées rassemblent des millions de joueurs par an, et certains affrontements de haut niveau attirent plus d'un million de spectateurs en direct.
Deux joueurs, 32 pièces (16 par camp), plateau 9×10. Le rouge joue en premier. Une partie dure en moyenne entre vingt minutes et une heure en jeu amical, beaucoup plus en compétition.
La victoire s'obtient en faisant échec et mat au général adverse, ou en le mettant pat — situation où le joueur dont c'est le tour n'a aucun coup légal. Contrairement aux échecs occidentaux, le pat n'est pas une nulle : c'est une défaite pour le joueur bloqué.
Chaque camp dispose des sept mêmes types de pièces, mais avec des caractères chinois différents pour le rouge et le noir. La hiérarchie de valeur est donnée à titre indicatif (en valeur de soldat).
Confiné dans son palais (zone 3×3 marquée d'une croix), il se déplace d'une intersection à la fois, à l'horizontale ou à la verticale. Il ne peut quitter le palais. Règle du général volant : les deux généraux ne peuvent jamais se faire face sur une même colonne sans aucune pièce intercalée entre eux.
Confiné dans le palais comme le général, il se déplace exclusivement d'une intersection en diagonale. Pièce essentiellement défensive, il a pour seul rôle de protéger son général.
Se déplace exactement de deux intersections en diagonale (mouvement en « X »). Il ne peut jamais traverser le fleuve et reste cantonné à sa moitié du plateau. Il est bloqué — « aveuglé » — si une pièce se trouve sur l'intersection intermédiaire de son trajet.
Mouvement en « L » comparable au cavalier occidental, mais avec une nuance majeure : le cheval ne saute pas. Il avance d'abord d'une intersection à l'horizontale ou à la verticale, puis d'une intersection en diagonale dans le prolongement. Toute pièce sur la première intersection le bloque — on dit qu'il est « entravé ».
La pièce la plus puissante. Se déplace en ligne droite, horizontalement ou verticalement, sur autant d'intersections que voulu, jusqu'à rencontrer un obstacle. Strict équivalent de la tour aux échecs occidentaux.
Se déplace comme le char (en ligne droite), mais sa capture est unique : pour prendre une pièce, le canon doit sauter par-dessus exactement une autre pièce — appelée plateforme ou monture — quelle que soit sa couleur. Sans plateforme, il ne peut pas capturer. La pièce la plus distinctive du Xiangqi.
Avant le fleuve, le soldat avance uniquement tout droit, d'une intersection à la fois. Une fois le fleuve traversé, il acquiert la possibilité de se déplacer latéralement (gauche ou droite), mais il ne peut jamais reculer. Il ne se transforme jamais en une autre pièce. Sa valeur augmente sensiblement après franchissement.
Quelques principes universellement enseignés aux apprenants :
Résumé synthétique des règles officielles (voir le règlement complet de l'Asian Xiangqi Federation pour les cas d'arbitrage avancés).